













Au bout du monde
Pour moi, un pèlerinage à Compostelle n'est pas complet sans se rendre au Cap Finistère, considéré comme le bout du monde au moyen âge. C'est à cent kilomètres environ à l'ouest de Santiago. Quelques pèlerins continuent leur pèlerinage en marchant jusqu'à ce point extrême ce qui prend trois ou quatre jours, mais je n'ai plus le temps. Il y a heureusement une bonne liaison routière, de sorte que je peux y aller facilement. À huit heures et quart et à neuf heures et demie un autobus part de la gare routière, proche de ma pension. Je me suis réveillée trop tard pour le premier départ, je dois donc prendre le suivant. La compagnie d'autobus s'appelle Arriva, le même nom que porte la compagnie qui est responsable du transport en autobus de ma région d'origine et ma ville Dordrecht. À l'heure du départ, le soleil essaye de percer les brumes matinales ce qui pressage une journée très ensoleillée.

Croix Celtique
L'itinéraire de l'autobus nous mène à travers de beaux paysages, mais dure environ deux heures et demi, parce que l'autobus doit assurer deux correspondances. Il ne va pas plus loin que le village de Finistera et il parcourt les derniers kilomètres à pieds ce qui prend une demi-heure pour atteindre le cap. Pour le retour j'ai opté pour l'autobus de quatorze heures quinze plutôt que celui de dix huit heures trente, cela me laisse moins de temps que prévu. Si nous pouvions tous connaître à l'avance, j'aurai pris des dispositions pour prendre le premier bus ce matin. J'ai juste assez de temps pour arriver au promontoire et balayer le paysage d'un regard circulaire. La route au cap est merveilleuse, avec une admirable vue sur la baie. Les gens, qui visitent Galice, devraient aussi voir cette côte, qui est la partie la plus impressionnante de la région.
Cap Finistera
Au moyen âge, l'usage voulait que les pèlerins brûlent leurs vêtements râpés en ce lieu. De nos jours beaucoup de pèlerins perpétuent cette tradition et brûlent leurs effets personnels, chaussures et bourdon. Pour ça un bûcher est dressé sur les roches au-dessous du phare. Je n'ai rien à brûler aujourd'hui, parce que je me suis déjà séparé de mes vêtements usagés au cours du voyage et j'espère utiliser mes chaussures et bâton de marche encore à de nombreuses reprises. Ainsi je me contente de flâner un peu, prendre quelques clichés et surveiller attentivement l'heure du retour. Il ne me reste que quelques minutes pour déjeuner, trop peu. Au dernier moment j'achète seulement un rouleau de biscuits.
De retour à Santiago, je me promène en ville sans rencontrer le moindre copain. Ma solitude n'affecte pas la beauté de la ville, mais semble lui faire perdre sa magie. Même le restaurant où nous avons dîné hier est fermé aujourd'hui et ne peut plus servir de point de ralliement aux autres amis. Je me demande quand retrouverais-je ceux qui sont encore quelque part en ville aujourd'hui. J'ai l'impression que mon séjour à Santiago s'arrête comme un pétard mouillé. Mais enfin je suis encore chanceux. Sur une terrasse dans la Rua Vilar, la rue commerçante la plus importante de ville je trouve Bob, Asta, Carole et presque le groupe entier d'hier qui se repose ici. Nous avons encore beaucoup à nous dire et nous pouvons à peine apprécier l'instant que l'harmonie municipale entame un concert à cet endroit et nous réduit au silence. Contraints, nous quittons la place pour rejoindre un restaurant, sous la conduite de Bob, où un bon repas pas trop cher nous est servi. Ce soir treize pèlerins dînent à cette table. Neil s'est joint à la bande, comme les étudiants américains d'O Cebreiro et le couple van Helden de Perth. Pour la dernière fois, j'apprécie les délicieux plats de poisson cuisinés à la galicienne. Bob ne finira le repas avec nous ce soir, il nous quitte au dessert pour prendre un train pour Madrid et de là un avion pour l'Australie demain.

Rúa de Vilar, Santiago
Après le dîner la plupart du groupe flâne dans la ville illuminée La place située devant la cathédrale est toujours très animée et plaisante. Le joueur de cornemuse et le guitariste qui se produisaient dans la journée ont disparu et on laissé la place à un vrai tuna (un groupe d'étudiants habillés à la mode du 16ème siècle chantant et jouant de la guitare) Les bâtiments historiques alentours sont joliment illuminés. Une dame américaine du groupe a finalement l'idée 'téméraire' de proposer de prendre une boisson ensemble au très prestigieux parador national, l'un des hôtels les plus élégants de l'Espagne (ce qui ne signifie pas nécessairement le plus cher) Elle est disposée à payer la facture pour nous! C'est ainsi que nous nous asseyons ensemble dans un salon aristocratiquement meublé, entre les meubles antiques et les portraits historiques accrochés aux murs. Les serveurs, impeccablement vêtus, ont la démarche solennelle des évêques, l'imperturbabilité d'un Butler anglais, servent la compagnie miteusement sans sourciller. Même les clients du palace ne manifestent aucun signe de désapprobation ni de mécontentement. Nous pouvons commander ce que nous voulons, mais j'ai déjà pris assez d'alcool pour aujourd'hui. J'évite les cocktails aux noms exquis mais commande seulement un chocolat (je n'ai jamais connu meilleur qu'ici !). Vers minuit le sommeil me gagne. J'adresse un dernier au revoir à Asta, à Carole et à tous les autres. Je rejoins ma pension, la porte est déjà fermée, mais grâce à la carte magnétique qui me sert de clef de chambre je peux entrer.
Le jour de mon retour mon vol est prévu à treize heures trente seulement il me reste donc un peu de temps pour une dernière promenade en ville. Je fais encore le tour de la cathédrale et parcours les rues les plus intéressantes. À onze heures, je suis à la gare routière pour prendre l'autobus pour l'aéroport. Le ciel est très nuageux aujourd'hui. Du hublot près de siège d'avion je peux néanmoins voir une partie de la côte nord de l'Espagne et je peux même reconnaître Pamplona et de la sierra del Perdon que j'ai franchie avec mes compagnons quatre semaines auparavant. Ensuite il n y a plus rien d'intéressant à voir jusqu'au débarquement sur l'aéroport de Bruxelles à dix huit heures quinze. La fin du périple par chemin de fer qui me conduit à Bruxelles et ensuite à Dordrecht n'est plus très longue. Au passage de la frontière hollandaise, je dois cependant changer et prendre un omnibus, en raison d'une correspondance manquée. Ceci me permet de descendre du train dans une petite gare proche de ma maison. Le dernier kilomètre de mon voyage est ainsi accompli dans l'esprit du Camino, à pieds avec mon sac sur le dos. À vingt et une heures quinze je suis à la maison et retrouve enfin ma famille.














